De l’Eole à l’A380
27 avril 2005. L’Airbus A380, le plus gros avion commercial du monde, s’élance dans le ciel bleu de Toulouse-Blagnac pour son premier vol d’essai. Plus de deux cents journalistes et cinquante mille badauds, massés autour de la plate-forme aéroportuaire et des gigantesque usines du constructeur européen , assistent enthousiastes à l’événement. Le constructeur européen est au sommet de sa gloire…
Cent quinze ans auparavant, il n’y avait par contre pas un chat, pour témoigner du décollage (modeste mais bien réel) de l’Eole dans la banlieue parisienne,. Il s’agissait pourtant du premier « avion » à moteur (à vapeur ) conçu dans le plus grand secret à Muret près de Toulouse par le génial Clément Ader.
Etonnant prodige que cette épopée aérienne qui, en un peu plus d’un siècle passera d’un « vol » à 20 cm du sol et sur cinquante mètres, au survol des mers et des continents à 10.000 m d’altitude et à 800 km/h. Alors qu’entre temps, des astronautes, propulsés par des fusées (dont Ariane , étudiée au CNES à Toulouse) iront tutoyer les étoiles.
Par quel heureux hasard, la tranquille « ville rose » des bords de Garonne, connue naguère surtout pour la culture des carottes, du pastel et des violettes, est-elle ainsi au fil des ans, devenue la capitale européenne de l’aéronautique? On ne s’interroge plus sur cette bonne fortune. On en goûte les fruits et la notoriété qu’apportent ces incessants ballets d’Airbus à l’essai dans le ciel de Blagnac. Et l’on ne se lasse pas de rapporter et de célébrer avec fierté l’histoire de ces beaux oiseaux sortis des usines du grand Toulouse
Ce furent d’abord les vaillants « Latécoère » et « Dewoitine » nés entre les deux guerres. Puis les « Languedoc » et « Armagnac », ces gros avions de transport à hélices qui ont marqué la reprise de l’activité, dans les ruines laissées par les bombardements. Simple prélude à l’avènement de la fine et élégante Caravelle , premier avion civil à réaction dont le brillant succès, à la fin des années 50 fera oublier la mésaventure du Comet britannique du même type, qui explosera en vol.
Et que dire du prestigieux Concorde, supersonique unique au monde qui, un matin brumeux de 1969 révèlera sa splendide silhouette dans le ciel de Blagnac, avant d’accomplir un exploit de légende : faire tous les jours traverser l’Atlantique à 90 passagers à 2.200km/h et à 20.000 m d’altitude?
L’arrivée de l’Airbus, en 1972 marquera un tournant décisif dans la vocation toulousaine à jouer les premiers rôles au sein de l’Europe aéronautique. Même si les débuts furent difficiles, voire héroïques face à la concurrence américaine, la marque « Airbus » a fini par s’imposer en leader mondial. Un succès que l’on doit au talent et à l’obstination de quelques grands pionniers devenus légendaires, comme Roger Béteille, Henri Ziegler, Félix Kracht, plus tard Jean Pierson et bien d’autres. Mais aussi aux initiatives prises en matière de diversification, l’hélice retrouvant son aura avec l’ATR, ce bi turbo propulseur franco-italien qui connaît, trente ans après sa naissance, un regain de succès, et l’A400M, premier Airbus militaire actuellement en phase d’essais à Toulouse .
Aujourd’hui en Midi-Pyrénées près de 80.000 personnes vivent de près ou de loin de cette activité. Et l’avenir est prometteur avec l’arrivée prochaine d’un nouvel Airbus révolutionnaire, l’A350, bimoteur long-courrier à la structure considérablement allégée, grâce à l’utilisation de nouveaux matériaux. Il viendra grossir la flotte des 6000 Airbus aujourd’hui en service sous tous les cieux
Aux yeux du monde, Toulouse est plus que jamais «Terre d’envol »…
Yves Marc
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